Origine de la théorie Davis

Comment Ron Davis trouva le moyen de corriger sa dyslexie

Ron Davis, gravement dyslexique à l’âge adulte, trouva le moyen de “corriger” sa propre dyslexie avant même d’avoir élaboré quelque théorie que ce soit sur le sujet. Jusqu’à l’âge de 38 ans, il n’avait jamais remis en question le verdict officiel des experts qui l’avaient diagnostiqué déficient mental. Malgré un QI confirmé de 160, il avait accepté le fait qu’il n’arriverait jamais à lire ni à écrire sans avoir à mener une immense bataille, car quelque chose fonctionnait décidément mal dans son cerveau.

C’est alors qu’il remarqua que sa dyslexie s’intensifiait à certains moments. Sa formation d’ingénieur lui suggéra que s’il trouvait le moyen d’aggraver sa dyslexie, il pourrait alors en déduire le moyen de l’atténuer. Sculpteur du dimanche, il découvrit ensuite que lorsqu’il était à son meilleur sur le plan artistique, il était à son pire sur le plan dyslexique.

Il s’enferma donc dans une chambre d’hôtel et s’entraîna d’abord à accentuer sa dyslexie, pour ensuite s’efforcer de l’atténuer. Trois jours plus tard, à un certain moment, le texte de l’affichette placardée sur la porte de sa chambre devint lisible pour lui. Ahuri par le fait que les lettres étaient toutes de la même taille et que les mots étaient séparés par des espaces, il se rendit à une bibliothèque, choisit “L’Île aux trésors” parmi les livres sur les rayons et le lut entièrement avant la fermeture ce jour-là.

Ce n’était pas la solution au problème de la dyslexie, mais le début d’un long parcours. C’est en discutant de ses idées avec d’autres que Davis découvrit, à sa grande surprise, que la plupart de ses amis artistes étaient eux aussi dyslexiques. Par une approche essais et erreurs, il élabora alors une méthode fiable pour aider les autres à vaincre leur propre dyslexie. Environ un an plus tard, il inaugurait son premier institut de la lecture.

Les fondements théoriques de la méthode Davis

La théorie Davis est le produit d’une approche essais et erreurs, et elle vise à expliquer pourquoi les méthodes Davis sont efficaces. On peut la résumer de la façon suivante: Tous les dyslexiques pensent avant tout en images: ils réfléchissent avec le support d’images mentales ou de représentations sensorielles plutôt qu’avec le support de mots, de phrases ou d’un dialogue intérieur. Dans la mesure où ce mode de pensée est subliminal, c’est-à-dire trop rapide pour que la personne en soit consciente, la plupart des dyslexiques ne sont pas conscients qu’ils procèdent de cette manière.

La pensée en images

Dans la mesure où les dyslexiques pensent en images ou en représentations mentales, ils ont tendance à utiliser des stratégies de raisonnement et de logique globales, et ils privilégient la vision d’ensemble pour comprendre le monde qui les entoure. La plupart du temps, ce sont de fins stratèges, de bons créateurs, ils ont l’esprit pratique et ils excellent dans la résolution de problèmes concrets. Par contre, ils éprouvent souvent des difficultés avec le raisonnement séquentiel, linéaire, étape par étape, qui se fonde sur les mots. Lorsque vous regardez l’image d’un chien, votre attention ne se déplace pas de la queue à la croupe aux pattes aux épaules à la tête aux oreilles et au nez, avant que vous reconnaissiez qu’il s’agit d’un chien. Vous voyez toutes les parties instantanément et vous concluez “chien”. Si votre mode de pensée est entièrement ou de façon prépondérante en images, vous avez pris l’habitude de reconnaître les choses ou les situations en les englobant rapidement d’un seul regard.

Les dyslexiques, qui pensent principalement en images, ont aussi tendance à développer une forte imagination. Lors de la résolution de problèmes, ils utilisent un mode de raisonnement basé sur l’image et la sensation plutôt que sur une logique verbale. S’ils deviennent initialement confus ou intrigués devant un objet, ils le feront alors tourner mentalement dans leur tête, afin de pouvoir le regarder à partir de différents points de vue. C’est ce mode de pensée qui leur permet de développer plusieurs talents et habiletés particuliers.

Cette aptitude peut aussi être la source d’un problème. Lorsqu’elles sont désorientées, les personnes dyslexiques substituent leur propre pensée à la réalité. La plupart des gens éprouvent une sensation de désorientation lorsqu’ils regardent une illusion d’optique ou qu’ils font l’expérience de stimuli sensoriels trompeurs, tels que ceux générés par des manèges ou des jeux de réalité virtuelle. Les dyslexiques, quant à eux, deviennent désorientés quotidiennement; c’est leur manière naturelle de réagir mentalement tout autant à un stimulus déroutant qu’à une résolution créative de problème.

La désorientation devant les symboles abstraits

Les dyslexiques ont tendance à éprouver des difficultés lorsqu’ils sont confrontés à des abstractions et des symboles, tels que les lettres et les chiffres. Ils essaient de comprendre les symboles comme ils le feraient d’un moteur d’automobile ou d’un schéma d’ingénierie et peuvent, de ce fait, devenir désorientés. C’est ce qui provoque chez eux les symptômes familiers de substitutions, d’omissions, d’inversions ou de transpositions, à la lecture et à l’écriture. Cette désorientation ne se limite pas aux stimuli visuels; plusieurs dyslexiques entendent mal ou embrouillent les mots ou l’enchaînement des mots dans une phrase. Leur sens du temps peut sembler altéré et leur coordination motrice peut paraître ralentie ou maladroite.

Les erreurs à répétition qui résultent des perceptions erronées, elles-mêmes causées par la désorientation, provoquent inévitablement des réactions émotives, de la frustration et une perte de l’estime de soi. Chaque dyslexique va alors chercher à résoudre son problème en élaborant des mécanismes de compensation et en adoptant des comportements compulsifs. Ron Davis appelle ces mécanismes “les vieilles solutions”: apprendre par coeur, rabâcher une chanson sur l’alphabet, faire faire ses devoirs par maman, faire une scène, écrire de façon illisible pour dissimuler les fautes d’orthographe, utiliser des ruses pour éviter tout ce qui se rapporte à l’école ou à la lecture, en sont quelques exemples. Ce genre de comportements peut se mettre en place dès l’âge de six ou sept ans, si bien qu’un adulte en aura un répertoire impressionnant. Nous avons maintenant la gamme complète des symptômes, des caractéristiques et des comportements qu’on associe généralement à la dyslexie.

La solution: Éliminer les désorientations pour maitriser la dyslexie

Le principe le plus important élaboré par la théorie Davis pour la correction de la dyslexie repose sur l’observation que lorsqu’un symbole auditif – un mot – n’a pas d’équivalent imagé ni de signification pour le dyslexique, désorientation et erreurs en résultent. Lorsque nous enseignons au dyslexique comment interrompre les désorientations au moment où elles interviennent, et que nous l’aidons ensuite à identifier, puis à maîtriser les stimuli qui les ont causées, les problèmes de lecture, d’écriture et d’orthographe commencent à disparaître, et avec elles, “les vieilles solutions”.

© 1999 by Abigail Marshall & Davis Dyslexia Association International
Tiré de l’article: Davis Dyslexia Correction – a brief overview.
Publié avec autorisation de l’auteure.

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